Canicule : le ministre doit agir sérieusement, et vite


Une urgence d’action déjà explicite dans un rapport du CSE rendu en mars.

La Défenseure des droits a publié fin 2024 un rapport qui affirme les « droits des enfants à un environnement sain » (rapport 2024 d’activité DDD). La santé et la sécurité au travail dans la fonction publique constituent un enjeu majeur pour les agents et pour la qualité du service public (fonction-publique.gouv.fr).

Explosion des alertes

Académie de Bordeaux : 274 alertes au Registre Santé et Sécurité au Tranvail (RSST) en deux jours, Normandie : environ 900 sur plusieurs jours, Orléans-Tours : plus de 250… le comptage n’est pas forcément rendu public, cependant, par les rectorats, maîtres dans l’art de l’absence de vague. Cette explosion de signalements est bien le signe que le terme de « confort » parfois utilisé par les autorités est indécent, car c’est la santé dans les écoles et établissements qui est en jeu.

Les conditions caniculaires entraînent une explosion des alertes, alors que la plupart des les établissements scolaires ne sont pas préparés au dérèglement climatique, et que le ministère renvoie aux décisions locales les adaptations des conditions de travail.

Inaction du gouvernement

Depuis plusieurs années, la question de l’inaction climatique du gouvernement, et celle de la piètre qualité adaptative du bâti scolaire, sont au cœur des revendications des mobilisations pour le climat comme des revendications de plusieurs syndicats, dont LDC HdF.

Les insuffisances des collectivités territoriales avaient mené à constater, précédemment, que le chauffage était en hiver allumé tardivement, ou que la température pouvait être bien inégale selon les endroits d’un établissement. Les personnels avaient régulièrement pu le signaler dans leur établissement. Aujourd’hui, en période de canicule et à force d’inaction du ministère, des collectivités et de la hiérarchie, les températures dans les classes peuvent monter au-delà de 30°C. Les mesures de changement de salles, quand elles sont effectives, ce qui n’est pas toujours le cas, ont leur limites.

Dans plusieurs établissements, des élèves ont pu s’endormir en classe, saigner du nez, manifester ne pas se sentir bien… ces éléments sont-ils remontés par la hiérarchie locale des rectorats ? Ceux-ci prennent-ils sérieusement la mesure de la situation, quand l’alerte rouge canicule s’étend autant sur le territoire ? L’on peut parier que le bureau des ministres, recteur·ice·s et directeur·ice·s départementaux est d’une meilleure fraîcheur.

Mesures improvisées du ministre malgré les alertes syndicales

Cependant, le ministre a maintenu l’épreuve de français du Brevet, vendredi 26 juin – avec quelques aménagements comme des « pauses fraîcheur ». Les chef·fe·s d’établissement savent faire, paraît-il. Mais pour tous les examens, des disparités entre élèves ont déjà été constatées, comme des lycéen·ne·s professionnel·le·s composant l’après-midi en pleine chaleur, ou, dans une académie, le maintien de la localisation d’épreuves dans un établissement public mais pas dans l’établissement privé voisin.

« Qui aurait pu prévoir », comme disait un certain président ? Les alertes sur le climat existent depuis …. 1956. Et dans l’Éducation nationale, les syndicats ont alerté l’institution. En mars dernier, de façon plus globale, un rapport de 40 recommandations concrètes pour rendre « L’école actrice de la transition écologique » a été adopté par le Conseil supérieur de l’éducation (CSE), avec l’abstention du Medef mais soutenu par une intersyndicale très large siégeant au CSE. Ce rapport a été présenté le 23 juin. Les représentant·e·s lycéen·ne·s à l’origine de cette démarche ont souhaité replacer les questions climatiques au cœur des réflexions sur l’avenir du système éducatif.

L’objectif de ces recommandations est que le ministère de l’Éducation nationale et le système éducatif français prennent concrètement en charge les risques et les enjeux écologiques, tant sur le plan de la sécurité que dans ses enseignements. Le Conseil supérieur de l’éducation rappelle qu’il est urgent de se saisir de ces questions et que l’École ne pourra pas devenir réellement actrice de la transition écologique sans des engagements clairs et pratiques de l’État et des collectivités territoriales. C’est un devoir moral pour le ministère de l’Éducation nationale de prendre en compte les recommandations formulées dans ce rapport et de les mettre en œuvre.

Agir pour l’écologie, adapter le bâti scolaire

La crise actuelle est le fruit d’une inaction politique pour le climat, entretenue par des débats publics pollués par des notions venues de l’extrême-droite, comme celle d’« écologie punitive ». Le danger auquel sont exposé·e·s les personnels et les élèves sont la conséquence de la négligence de l’institution pour adapter les établissements scolaires.

Le ministre E. Geffray (le mal-nommé) affirme que 24 millions de mètres carrés ont été rénovés mais il en reste alors… 157 millions selon les organisations ayant travaillé au rapport. Il n’y a cependant aucune visibilité officielle, la rétention d’information étant la norme dans l’Éducation nationale. Les chiffres disponibles font état de 80 % d’établissement restant à rénover, dont 10 % très vétustes – mais il n’y a pas de cartographie nationale.

Plan d’urgence national

Lutte de Classe éducation Hauts-de-France appelle les personnels à mesurer les températures des salles et à se saisir des outils de protection des personnels et usager·e·s que sont le Registre Santé et Sécurité au Travail (RSST, en envoyant une copie de ton alerte au syndicat), voire le Registre de Danger Grave et Imminent (RDGI, en nous contactant si tu es dans cette situation), en exerçant si nécessaire le droit de retrait, si les conditions risquent de mettre en danger les personnels ou les élèves.

Lutte de Classes éducation Hauts-de-France revendique, puisque le ministre est l’autorité nationale, des mesures nationales de protection des salarié·e·s et usager·e·s, ce qui serait en conformité avec l’esprit du cadre réglementaire : le basculement aux niveaux individuel et local des protections est inadmissible, c’est une obligation du ministère de prendre en charge la sécurité collective, et d’assurer l’égalité entre toutes et tous les salarié·e·s et usager·e·s.

Lutte de Classes éducation Hauts-de-France revendique un plan d’urgence national pour le bâti scolaire, commençant par un état des lieux exhaustif avec la participation des personnels et usager·e·s du service public d’éducation.

Dernière minute

L’intersyndicale nationale de l’Éducation a publié un communiqué avec des revendications similaires, et appelant également à la grève partout où c’est nécessaire s’il n’y a pas d’amélioration des conditions de travail.

Liste non exhaustive de situations rencontrées dans les Hauts-de-France, selon les remontées des personnels

N’hésitez pas à nous faire parvenir vos constatations, pourquoi pas avec des photographies, ou des tracts publics de votre établissement, en plus des alertes RSST que vous avez complétées (qui ne seront pas publiées dans cet article).

Avertissement : une même initiale ne signifie pas toujours un même établissement.

DateÉcole ou établissementConstatations
2024, novembreLycée FBaisse de 50% de la dotation horaire. Une mobilisation a été nécessaire pour récupérer des heures.
Moisissures sur les murs.Températures insuffisantes dans les classes, les élèves travaillent en manteau.
Lycée LMoisissures sur les murs et ventilation défectueuse dans un bâtiment neuf et dans des laboratoires où on manipule des produits chimiques
Bâtiment laissé à l’abandon pendant des années, réutilisé même si c’est une passoire thermique : fenêtres qui ne ferment pas, murs qui noircissent, fuite d’eau
La médecine de prévention qualifie l’établissement de « pathogène », selon des informations non vérifiées
Rapport accablant sur la qualité de l’air
2025, janvierLycée LSalles très froides. Moisissures dans un nouveau bâtiment.
2025, marsLycée LSalles très froides, moisissures.
9 signalements au RSST
Air non renouvelé depuis 10 mois dans les laboratoires.
Les extractions des sorbonnes des laboratoires refoulent directement dans les labo ATRF ! Droit de retrait sur l’utilisation des sorbonnes.
Moisissures dans les gaines de ventilation.
Ascenseurs en panne alors que des personnels travaillent sur plusieurs étages.
Chaleur étouffante dans certaines salles.
Contrôle de la qualité de l’air enfin diligenté… mais pendant les vacances, alors que les salles sont vides.
Essais sur la ventilation dans des labos supposés vides ; en réalité au moins un labo est occupé…
Un représentant de la région vient au lycée et déclare que tout va bien…
2025, avrilLycée LDes analyses de la qualité de l’air sont faites, mais à ce jour les résultats ne sont pas communiqués aux personnels.
Dans une salle du nouveau bâtiment, la ventilation fait le bruit « d’un avion qui décolle ».
L’ascenseur est toujours en panne.
Les analyses d’air prises sans élèves sont bonnes… mais seul le CO2 a été mesuré.
En attendant les travaux pour améliorer la ventilation, tous les TP doivent subir des adaptations.
Une analyse microbiologique des moisissures est prévue, mais les personnels ne savent pas quand.
2025, maiLycée LUn matin à 8h30, la température dans un labo s’élève à… 26,5°C.
Les travaux pour les sorbonnes sont réalisées, la région inaugure, alors que rien n’a encore été fait pour les températures.
2026, avrilLycée L
Insupportable odeur et moisissures dans un préfabriqué ; alerte RSST. Un problème déjà signalé l’année précédente, sans suite.
Quatre salles signalées pour odeurs insupportables et moisissures, avec malaises d’étudiant·e·s. Dans l’une des salles, des cours ont quand même lieu certains jours…
2026, mai-juinLycée LCanicule. L’utilisation des climatiseurs de certains préfabriqués est autorisée pour des commissions administratives, mais pas pour les jurys d’oral.
Dans le nouveau bâtiment élèves et personnels suffoquent : toujours pas de stores côté vitres, ni aucune mesure pour limiter la chaleur (le bâtiment est entièrement vitré côté rue)
Relevé de température dans une salle durant deux conseils (3 h en tout) : 31°C. Pas d’eau, pas de ventilateur. Signalement RSST.
Relevé pendant un TP : 32°C.
2026, juinLycée LRelevé dans un labo : 34.4°C.
Dans la salle de l’oral de l’EAF il fait au moins 30 d°, et davantage dans la salle d’attente des élèves
Le rattrapage en STLbio se fera dans des salles surchauffées.
Lycée FJury de BTS : salle surchauffée ; il y a pourtant d’autres salles disponibles. Interdiction d’ouvrir les porte et fenêtres pour des raisons de … confidentialité
Collège LLa fournaise de certaines salles oblige des enseignant·e·s à emmener leur classe dehors sous les arbres.
Collège FPréparation des salles pour la première épreuve du DNB, qui doit durer 4h le lendemain : entre 9h et 10h, les températures relevées dans les salles de composition vont de 28.6°C à 29.7°C. Alerte RSST.
École JBPlusieurs malaises de personnels nécessitant l’intervention des pompiers.
Collège SLes personnels enseignant·e·s ont obtenu l’annulation des réunions prévues la veille de la première épreuve de DNB, en raison de la chaleur ; mais l’administration a obligé les agent·e·s à rester jusqu’à… 15h.
Lycée PGrand oral du baccalauréat. Pas de ventilateurs dans les salles, dès le matin des personnels se sentent épuisé·e·s et craignent les oraux de l’après-midi.
Collège FLors de l’épreuve de français du DNB, des élèves se sentent mal, et sont changé·e·s de salle pour composer plus au frais.