La laïcité quand ça leur chante !

Marseillaise ou cantique ?

Le ministère de l’éducation nationale ne cesse de rappeler aux personnels l’importance de la transmission des valeurs républicaines, en particulier la laïcité, qui semble préoccuper grandement un gouvernement qui pourtant ne se fait pas faute de soutenir, parfois de manière scandaleuse certains établissements d’enseignement privés; en témoigne la dernière révélation concernant l’établissement Stanislas, puisqu’il semble que la rapport des inspecteurs/trices généraux ait été sciemment falsifié pour nier le climat homophobe, sexiste et autoritaire régnant à Stanislas1.

Dernière entorse en date à la laïcité, la décision de mettre en berne les drapeaux à l’occasion de la mort du Pape.

Certes le Pape est chef d’un état, mais le Vatican est loin d’être une démocratie. Mettrons-nous désormais en berne les drapeaux pour tous les autocrates, tous les chefs religieux, voire tous les dictateurs de la planète – pourquoi pas, hein ? Après tout on est contre toutes les formes de discriminations! – tout en continuant à affirmer que la République est démocratique et surtout laïque ? 

L’hypocrisie du gouvernement est patente. Comme l’ont souligné de nombreux médias, le premier ministre Bayrou avait, en 2005 – il était alors président de l’UDF – dénoncé la mesure de mise en berne des drapeaux pour le décès de Jean-Paul II. Mais n’est-ce pas ce même premier ministre qui se trouve englué dans le scandale de Bétharram, un établissement scolaire privé sous contrat qu’il a largement fait financer, et dont il a, semble-t-il, voulu ignorer les turpitudes.

Mais bien sûr, il y a le contexte : l’extrême droite et la droite la plus dure et conservatrice, qui flirte avec le RN, ne cessent de dresser comme un épouvantail un soi-disant péril islamiste contre lequel la chrétienté devrait avoir à se défendre. Montjoie Saint Denis ! Sus aux Sarrazins ! (et soit dit en passant, ce même épouvantail sert à couvrir le génocide actuellement en cours à Gaza) C’est bien ce discours anti-laïque et discriminatoire que la mise en berne des drapeaux exprime symboliquement.  S’agit-il encore une fois pour le gouvernement actuel de donner des gages à l’extrême droite, ou de tenter de séduire l’électorat de cette dernière ?

Pour Lutte de Classes Hauts de France, quelles que soient les qualités supposées d’un chef religieux, la décision de mettre les drapeaux en berne pour sa mort contrevient absolument au principe de laïcité. 

Pour ce qui est de l’Éducation, nous voyons mal comment les enseignant·e·s chargé·e·s de transmettre les "valeurs républicaines" parviendraient à expliquer et justifier une décision politique qui attaque aussi clairement une valeur fondamentale, inscrite dans l’article 1 de la Constitution, sinon en se livrant, comme les gouvernant·e·s, à de magnifiques exercices d’enfumage et de langue de bois.
  1. La directrice générale de l’Enseignement scolaire, n°2 du ministère de l’Éducation nationale, ne serait pas étrangère à cette falsification, selon la presse. ↩︎