
Santé, sécurité, écologie… les enjeux du bâti scolaire doivent être davantage pris en compte par le gouvernement et les collectivités territoriales. Dans le contexte, c’est même urgent !
télécharger cet article au format tract pour affichage ou diffusion
Les épisodes de canicule vécus en mai et juin 2026 révèlent à quel point le bâti scolaire n’est pas, loin s’en faut, à la mesure des défis posés par le changement climatique. Mais la chaleur n’est pas le seul problème posé par la vétusté des établissements. Systèmes de chauffage inadéquats, ventilations défaillantes, présence d’amiante ou de champignons, qualité de l’air, passoires thermiques, tout cela nuit considérablement à la fois en termes de santé et sécurité au travail, mais aussi en termes de lutte contre le changement climatique. Or le gouvernement ne semble pas considérer l’urgence.
Des locaux inadaptés
Les bâtiments scolaires publics représentent 140 millions de m² pour plus de 51 000 écoles, collèges et lycées ; soit, en surface, 45 % du patrimoine des collectivités territoriales qui en ont la charge.
La législation (décret tertiaire) exige une diminution de la consommation énergétique de 40 % (par rapport à la consommation de 2010) en 2030, puis de 50 % en 2040 et 60 % en 2050. La mission d’information sénatorial de juin 2023 constate que « l’échéance de 2030 fixée par le décret tertiaire est pour demain, celles de 2040 et 2050 sont pour après-demain : elles doivent être anticipées dès maintenant »1.
Or les problèmes posés par le bâti scolaire abondent, et ne vont pas dans le sens de ces objectifs. En ce qui concerne l’isolation, il est scandaleux de constater qu’on construit encore – comme c’est le cas d’un lycée de la métropole lilloise il y a seulement trois ou quatre ans – des bâtiments à très large baies vitrées, qui sont des fours en été, et difficiles à chauffer l’hiver. En hiver certaines salles sont si chauffées qu’il faut ouvrir les fenêtres, alors qu’on gèle dans d’autres salles. Les diagnostics énergétiques, si tant est qu’ils existent, ne sont pas rendus publics. La plupart des établissements ont été construits avant 1980, et souvent dans les années 60 et 70 ; les matériaux utilisés alors (béton, armatures métalliques, grandes baies vitrées, etc.) ne répondent pas aux normes exigées par la transition écologique.
La ventilation des salles de classe est très insuffisante, ; s’il est prudent de ne permettre qu’une ouverture en oscillo-battant des fenêtres, pour cause de sécurité, il est peu compréhensible qu’en cas de forte chaleur les fenêtres ne puissent être largement ouvertes le matin tôt et après les cours ; en outre il est fréquent que les fenêtres n’ouvrent pas du tout. Souvent elles n’ont ni volet, ni même rideau, et les pare-soleils de façade sont inexistants. Les systèmes de ventilation ne fonctionnent pas correctement. Il n’y a ni détecteurs de pollution, ni capteurs de qualité de l’air ; ainsi pas de mesure de la qualité de l’air dans une salle peu ou pas aérée qui voit défiler jusqu’à 35 élèves par heure !
Les cours de récréation, bétonnées et sans ombre créent des îlots de chaleur ; il n’y a pas toujours un préau pour abriter du soleil élèves et AED. Sans oublier des problèmes qui peuvent attenter gravement à la santé des usager·e·s, comme la présence de champignons, voire de rongeurs.
Des financements insuffisants
En 2025, selon le gouvernement, 5 000 établissements auraient été rénovés en 2 ans. A ce rythme, en 2030 seulement 32 % le seront ! Les collectivités territoriales en charge des écoles (mairies) et établissements du secondaire (départements, régions) rencontrent des difficultés. Le coût est difficile à chiffrer ; une nouvelle construction coûterait entre 3 000 et 4 600 €/m². Pour la rénovation il n’existe pas de réponse unique, entre 300 et 1700 €/m². Mais selon l’ADEME, 100 milliards d’euros sont nécessaires pour que les collectivités atteignent les objectifs du décret tertiaire pour l’ensemble de leur parc, dont les bâtiments scolaires ; Dominique Faure, alors ministre déléguée chargée des collectivités territoriales et de la ruralité, a évoqué le chiffre de 5,2 milliards par an sur dix ans pour les seules écoles publiques.
Or les collectivités rencontrent des difficultés de financement, accrues par les plans d’austérité budgétaires. Ainsi, le Fonds vert, qui participait en 2023 au financement de 1195 projets, n’en a plus financé que 352 en 2025. De même le plan EduRénov de la Banque des territoires a réduit ses crédits de plus de 50 %, passant de 2,4 milliards en 2024 à 837 millions en 2026. D’autre part les élu·e·s des collectivités dénoncent le manque d’ingénierie, le maquis des demandes de subventions, la non prise en compte pour les subventions des travaux préalablement effectués.
Soucieux avant tout de satisfaire les impératifs économique ultra-libéraux, le gouvernement n’investit pas suffisamment dans le bâti scolaire, preuve que le bien-être des usager·e·s et la sauvegarde de la planète comptent moins que maintenir coûte que coûte un système profondément inégalitaire et à courte vue.
LDC éducation Hauts-de-France revendique :
- la prise en compte des avis des collectifs de travail sur les projets architecturaux ;
- la consultation régulière des collectifs de travail sur l’état du bâti, pour l’estimation des besoins d’adaptation et de maintenance ;
- l’affectation de fonctionnaires ouvrier·e·s professionnel·le·s à chaque établissement, en fonction de la surface à entretenir ;
- des dotations à la mesure des besoins pour l’isolation, les systèmes de chauffage et de ventilation ;
- des détecteurs de pollution et des capteurs mesurant la qualité de l’air dans les salles de classe ;
- des diagnostics énergétiques systématiques et publiés ;
- la végétalisation des cours et des bâtiments, et des systèmes de récupération des eaux de pluie ;
- la définition réglementaire de délais opposables d’intervention pour les travaux destinés à protéger la santé et la sécurité des personnels et des usager·e·s ;
- l’inscription dans la loi de températures minimale et maximale de travail.

Crédit photographique
Photo de kyo azuma sur Unsplash
Photo de Ryan Jacobson sur Unsplash