Dans les collèges, lors de l’annonce des moyens, on en est venu à soupirer de soulagement : par exemple si finalement une classe n’était pas supprimée, faisant passer de 29 à 27 les effectifs prévisionnels pour 2025-2026 ; ou en constatant qu’on effectuait un dédoublement tous les quinze jours en quatrième, permettant ainsi de garder un·e collègue dans l’équipe, à condition qu’il ou elle accepte d’enseigner aussi en SEGPA, et que les collègues enseignant·e·s spécialisé·e·s acceptent une fois encore de bouleverser leurs enseignements, et de recommencer leurs préparations pour les agencer autrement…
A la pré-rentrée, la hiérarchie peut feindre de s’étonner de résultats insuffisants au DNB, alors que l’année précédente, il n’y avait ni suffisamment d’assistant·e·s d’éducation pour aider les CPE à être réactifs/ves sur l’absentéisme, ni assez d’AESH pour éviter de découper l’aide entre plusieurs élèves bénéficiaires d’une notification. Et bizarrement, il manque des professeur·e·s principales/aux…
Les collèges craquent de toute part, et des collègues espèrent encore qu’une rustine fera tenir le tout en attendant des temps meilleurs.
Ces « aménagements » ou « adaptations » à la pénurie de moyens sont encouragés par une hiérarchie hypocrite : il ne faut pas se leurrer, elle travaille avant tout à sa propre carrière ! Elle se fait bien voir en poussant tout le monde, par des pressions ou la manipulation affective, en direction des objectifs du ministère et du rectorat. Elle enfume les personnels avec des phrases toutes faites, apprises dans les formations des chef·fe·s, pour que la fabrique du consentement aux pires conditions tourne à plein : « on est tous dans le même bateau », « vous savez moi aussi je trouve qu’il n’y a pas assez d’heures, mais il faut faire avec ce que l’on a, l’établissement doit tourner l’année prochaine », etc.
Et ça craque pour les collègues, et ça craque pour les élèves.
L’institution demande de multiplier les cellules de ceci-cela (comme pHARe), les référent·e·s en tous genres, rémunéré·e·s au travers de Pactes, ce qui permet aux collègues qui cèdent, même sans formation sérieuse, de mettre un peu de beurre dans les épinards, et à l’institution de dire qu’elle prend en compte l’urgence du harcèlement, des inégalités filles-garçons, ou de la fragilité mentale des élèves… en faisant l’impasse sur les effectifs pléthoriques des classes qui accentuent exponentiellement les problèmes, l’insuffisance des effectifs d’assistant·e·s d’éducation, de personnels médico-sociaux, de psychologues ou tout simplement d’adultes disponibles dans les établissements, faute de temps dégagé institutionnellement pour l’écoute et le suivi des élèves sur ces thèmes.
Les équipes pédagogiques se retrouvent tiraillées, mises en concurrence entre elles, et même entre collègues d’une même équipe, c’est le sauve-qui peut général pour avoir des conditions de travail un peu moins éprouvantes que l’année d’avant, ou que le premier jet de répartition, ou que l’emploi du temps initialement prévu… Le bal des petites discussions individuelles dans les bureaux en sont un désolant symptôme. Les engueulades entre collègues qui s’appréciaient auparavant également. Et pourquoi donc ce collègue, autrefois si sociable, reste-t-il dorénavant si souvent muet ?
Cette dégradation de l’ambiance au travail, et des conditions de travail des personnels et des élèves s’est mise en place insidieusement au moins depuis 2003, avec des accélérations en 2007 et 2012, et depuis 2017 une violence réelle contre les personnels et les élèves s’est installée. La dérive managériale de l’École, dont le « pilotage » s’est imbibé d’une idéologie mortifère de concurrence, de compétence, d’évaluation, d’individualisation porte atteinte à la sérénité et souvent à la santé des personnels, et a des conséquences non négligeables sur les enseignements et le bien-être des élèves.
Le périmètre du marché doit s’agrandir, et on doit empêcher toute prise de conscience collective de ce qui est en train de se passer, au détriment de l’idéal d’une école démocratique, égalitaire et émancipatrice pour toutes et tous. Les pénuries budgétaires et les violences managériales sont des outils au service de ce mercantilisme agressif. La hiérarchie est complice, en enrobant le tout d’expressions lénifiantes et vides de sens, en relayant les éléments de langage mis en place dans les ministères, en haussant le ton, malmenant ou violentant les personnels.
Ce n’est pas pour rien que le nombre de demandes de ruptures conventionnelles a été multiplié par 6 en une dizaine d’années au niveau national. Localement, les rectorats de Lille et d’Amiens refusent de communiquer des chiffres précis. En tout cas, selon plusieurs sources, désormais, ce sont 90 % des demandes qui sont rejetées par l’administration… Quand on vous dit que ça craque de partout !
La pénurie de moyens, la malveillance de la hiérarchie (qualifiée de « bienveillance » dans cette administration orwellienne), les violences effectivement subies par les personnels et les élèves… ce n’est pas une fatalité !
On peut dire stop ! Retrouvons le sens du collectif, arrêtons de jouer le jeu, bloquons tout !
Soyons ensemble l’âne qui n’en peut plus des coups de bâtons et qui plante ses quatre fers dans le sol, jusqu’à ce que, de guerre lasse, on le laisse brouter d’autres chardons.
Alors on arrête !
Le 10 septembre et après, et on exige la fin des violences de classe,
une autre société, pour une autre école , respectueuse, solidaire, émancipatrice pour toutes et tous.
« Le roi ne lâche que quand le peuple arrache » (V. Hugo)