5 février • 13h30 rectorat de Lille • Rassemblement

Lutte de Classes éducation Hauts-de-France appelle à rejoindre le rassemblement organisé par le Collectif des Mineur·e·s en Recours de Bois-Blancs, le Collectif des familles de Bois Blancs indignées et solidaires et Utopia 56, avec le soutien de l’intersyndicale de l’Éducation agissant dans l’Académie de Lille.

MERCREDI 5 FÉVRIER 2025 LILLE – 13H30
RASSEMBLEMENT DEVANT LE RECTORAT

Aucun·e mineur·e n’est illégal·e !
Pour la scolarisation de tou·te·s les jeunes

Notre syndicat était représenté à la réunion publique organisée le mardi 28 janvier 2025 à la Bourse du Travail de Lille-Fives, et a annoncé son soutien au Collectif des Mineur·e·s en Recours, comme d’autres organisations de l’intersyndicale. Le nom du Collectif fait référence aux recours juridiques engagés par les jeunes pour obtenir la reconnaissance et le bénéfice de leurs droits.

Lors de la réunion publique, le Collectif a présenté de vive voix et grâce à quelques vidéos, un bref aperçu historique et de ses actions, puis fait un point d’étape sur la situation des mineur·e·s. Un toit est un droit, dormir à la rue n’est pas un choix ! La scolarisation est un droit !

Le Collectif de Bois-Blancs regroupe des mineur·e·s non accompagné·e·s (MNA), des jeunes à la rue et à qui n’est pas accordé le droit à la scolarité ; les jeunes ont crée le Collectif le 6 août 2024. Leurs revendications s’appuient sur des droits fondamentaux, d’autant que, rappelons-le, la France est signataire de la Convention internationale des Droits de l’Enfant :

  • un toit pour toutes et tous ;
  • l’accès à l’éducation et à la scolarisation dans une école publique ;
  • la fin des périodes de 6 à 12 mois dehors

Le Collectif est soutenu depuis l’origine par les Habitant·e·s de Bois-Blancs indigné·e·s et solidaires et l’association Utopia 56, puis par l’association École sans Frontière ou la LDH 59 (entre autres). Il construit par ailleurs des liens avec les organisations de travailleuses et travailleurs (notamment une intersyndicale de l’Éducation CGT, FSU, LDC, Solidaires), et avec le Comité des Sans-Papiers du Nord (CSP 59).

Les jeunes se retrouvent dans une situation impossible : la préfecture du Nord les reconnaît comme mineur·e·s mais le département du Nord considère qu’ils et elles sont majeur·e·s, ce qui bloque les démarches de scolarisation avec le CASNAV1. Le Collectif demande également à la Métropole lilloise de prendre ses responsabilités à l’égard de ces mineur·e·s présent·e·s sur Lille.

Beaucoup de jeunes sont empêché·e·s d’aller à l’école et le département en laisse beaucoup dehors, malgré sa mission de protection des mineur·e·s. Il ne propose aucune solution organisée et pérenne, alors que d’autres jeunes les rejoignent et se retrouvent à la rue. Interpellé, le rectorat avait fini par proposer un rendez-vous, mais a envoyé un courriel mi-décembre pour annuler la rencontre…

On retrouve une situation similaire dans d’autres académies, mais l’Académie de Lille est particulièrement dure avec les mineur·e·s. Une Coordination nationale est née, regroupant les mineur·e·s non accompagné·e·s qui réclament justice. Ils et elles en ont assez de dormir à la rue et de se voir bloquer l’accès à l’école. Ils et elles ont monté des Collectifs, de façon à lutter pour leurs droits. On en trouve ainsi à Rennes, Clermont-Ferrand, Rouen, Marseille, Toulouse, Poitiers, Montpellier, Paris et Lille… et la lutte paye, puisque dans plusieurs académies les jeunes en lutte ont pu être logé·e·s et scolarisé·e·s, comme à Clermont-Ferrand ou à Toulouse. A Paris 200 jeunes ont été scolarisé·e·s grâce au Collectif de Belleville.

À Lille, l’accueil et l’accompagnement des jeunes restent très insuffisants, l’injustice est flagrante.

Une manifestation unitaire pour le logement et la scolarisation des mineur·e·s non accompagné·e·s, contre le racisme et le fascisme et pour l’égalité des droits et la justice, est prévue pour le samedi 22 mars 2025.

Les délégué·e·s des jeunes qui ont présenté la situation font le lien entre les obstacles à la prise en charge et à la scolarisation et la montée du racisme et du fascisme partout en Europe : les temps ne sont pas cléments. Partout dans le monde, des migrant·e·s sont rapatrié·e·s manu militari comme des animaux. Il y a également des collectifs de jeunes en Angleterre, en Espagne, en Italie…Par l’unité autour de cette question, il sera possible d’obtenir justice.

Deux délégué·e·s du Collectif des Jeunes en Recours, également en lien avec Utopia 56, ont présenté les difficultés liées à la scolarisation. Il est très difficile mentalement et physiquement pour les jeunes de ne pas aller à l’École, alors qu’ils et elles ont pleinement conscience qu’elle est la clef de leur avenir. L’École est un droit pour tou·te·s les mineur·e·s, mais pas pour eux, pourquoi ?

Les filles subissent des dangers spécifiques du fait de l’absence de scolarisation ou d’être à la rue. Le risque de subir des violences ou d’être contraintes à la prostitution est réel. Comme Grâce, l’une des déléguées le dit, quand la tête est vide, c’est le corps qui est utilisé.

Médecine, apprentissage, droit, journalisme… ces jeunes ont des rêves comme les autres, et constatent qu’on ne les laisse pas aller à l’École… et ils et elles veulent y aller ! Et des entreprises pourraient aussi en prendre comme apprenti·e·s, mais encore faudrait-il une reconnaissance officielle de leur situation.

Les délégué·e·s disent vouloir découvrir des choses grâce à l’École, s’insérer dans la société, comprendre le monde, et relayent l’envie d’apprendre des jeunes du Collectif. Ils et elles veulent participer à la vie du pays dans lequel ils et elles vivent. Et comment faire ses devoirs, si on peut enfin aller à l’école, sans logement ?

Le 20 novembre, grâce à la mobilisation, aux soutiens, aux recours, une grande partie des jeunes a obtenu d’être hébergée, et se bat maintenant pour obtenir la scolarisation. Ils et elles interpellent le CIO, le rectorat, le CASNAV… C’est un parcours du combattant pour un enfant non accompagné qui veut aller à l’école en France ! Et les obstacles dépassent parfois, dans l’Académie, ce qui est prévu par le cadre légal et réglementaire.

C’est ce qu’a indiqué lors de la réunion une association qui donne des cours aux jeunes. Sa représentante indique qu’après avoir seulement demandé un cahier et un crayon, ils et elles suivent passionnément les cours, avec un grand respect.

Ces cours nourrissent leur envie d’apprendre. Cependant, il faut savoir que si un·e mineur·e non accompagné·e ne peut faire état d’au moins six mois de scolarisation à ses dix-huit ans, il ou elle aura de grandes difficultés à pouvoir obtenir une carte de séjour. Avant sa majorité, il ou elle n’est légalement pas en situation irrégulière, en vertu des Droits de l’Enfant.

Dans ces conditions, le double jeu entre la préfecture et le département se complique d’une grande frilosité du rectorat à prendre en charge les jeunes : en effet ce dernier se retranche vers la nécessité, pour accepter la scolarisation dans le public, d’un document appelé Ordonnance de Placement provisoire (OPP), qui n’est pourtant pas demandé dans d’autres académies…

Le Collectif des Habitant·e·s de Bois-Blancs indigné·e·s et solidaires souligne cet apparent paradoxe : ce sont des établissements privés qui accueillent quelques jeunes, puisque le rectorat ne fait rien pour les accueillir dans le public ! Pourtant il a l’obligation de scolariser tou·te·s les mineur·e·s, et communique sur la scolarisation de toutes et tous – tandis que la circulaire de rentrée du ministère de l’Éducation nationale affiche d’ailleurs fièrement la volonté de « ne laisser aucun·e élève au bord du chemin »2

La réunion publique s’est achevée par les prises de parole des organisations syndicales soutenant la mobilisation du Collectif (CGT, FSU 59, Solidaires 59, Lutte de Classes éducation Hauts-de-France), et des témoignages et manifestations de soutiens de plusieurs personnes, collectifs et associations (enseignant·e·s, assistant·e·s d’éducation, étudiant·e·s, militant·e·s du CSP 59, grévistes d’Emmaüs, Unef, Union étudiante, LDH 59…).

TOUTES ET TOUS, NOMBREUSES ET NOMBREUX, RASSEMBLONS-NOUS

LE MERCREDI 5 FÉVRIER À 13H30 DEVANT LE RECTORAT DE LILLE (144 rue de Bavay)

POUR EXIGER LA SCOLARISATION DES MINEUR·E·S ISOLÉ·E·S !


  1. Centre académique pour la scolarisation des enfants allophones nouvellement arrivés et des enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs (le site ici) ↩︎
  2. Circulaire de rentrée 2024, BO 27/06/24 ↩︎