Quand la CULTURE, ça PASS plus !

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Le dispositif du pass Culture était loin d’être idéal : mettant en concurrence les projets culturels, il nécessitait en outre une procédure assez compliquée (création d’une « action » par le partenaire culturel, fiche projet sur l’application Adage, rattachement de l’action au site, validation par le ou la chef·fe d’établissement).

Il avait tout de même le mérite de permettre des activités culturelles et artistiques aux élèves de tout milieu social.

En annonçant de manière brutale, précipitée, et sans consultation aucune, le gel du budget du pass Culture, le ministère montre bien le mépris qu’il peut avoir à la fois pour les personnels qui montent des projets, pour les élèves qui en bénéficient, et pour les artistes impliqué·e·s dans ces projets.

Le mépris pour les enseignant·e·s qui élaborent ces projets et s’y impliquent n’est pas nouveau. Cette implication, souvent chronophage – car il faut construire sur le long terme et parfois en vain car le projet ne sera pas forcément validé et financé – ne donne que très rarement lieu à une rémunération à la mesure du travail fourni, et lorsqu’elle existe, elle est souvent dérisoire. Il est inacceptable que ne soit pas reconnu le travail fourni, alors qu’on demande aux enseignant·e·s d’élaborer les projets culturels en sus du reste de leurs tâches. Il est en effet tellement plus simple d’ajouter sans cesse de nouvelles missions ; chargez le baudet, pour un picotin d’avoine ou un coup de bâton il ira où l’on veut… !

Autre frein au développement des projets culturels et artistiques : l’impossibilité pour un grand nombre d’enseignant·e·s contractuel·le·s ou affecté·e·s sur poste de TZR, d’avoir une quelconque assurance d’ être maintenu·e·s dans leur fonction.

Madame la ministre, qui assure sans vergogne que « l’objectif de proposer des enseignements artistiques et culturels aux élèves » reste « intact », veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes ! Et poursuivre la politique de tri social qui caractérise le gouvernement de M. Macron. Mme 49.3 peut bien assurer aux députés que le gel sera de courte durée, le flou de la déclaration fait craindre qu’il n’en sera rien. Sans compter que que pour ce qui concerne le budget 2025, plus des trois quarts des 72 millions affectés au départ ont d’ores et déjà été dépensés.

Et ne nous y trompons pas, ce gel du pass n’affectera pas tous les élèves de la même manière : il est plus facile d’aller au cinéma ou au théâtre lorsqu’on appartient à une classe sociale favorisée, que lorsqu’on est un·e élève issu·e des classes populaires, et qu’on ne bénéficie ni du même capital culturel, ni du même capital financier. Il est également plus aisé d’y accéder lorsqu’on vit en ville, que lorsque l’on vit à la campagne, les distances multipliant les coûts en terme de temps et d’argent. Et même lorsque les coûts de transport sont pris en charge par les collectivités territoriales, ils sont des freins l’engagement dans les projets culturels.

Dans la même veine, le Président du département du Nord vient de son côté de supprimer le budget du dispositif « Collège au cinéma » en déclarant : « Vous ne pensez pas qu’ils peuvent y aller avec leurs parents ? ». Et au-delà du prix de la place de cinéma, quid de l’ouverture à des films d’auteur, et quid de l’exploitation pédagogique qui donne du sens, permet d’exercer son esprit critique et sa sensibilité ?

On veut nous faire croire que des milliards d’économie sont indispensables pour que le pays ne s’effondre pas ; le même discours que l’on nous ressert pour toutes les politiques d’austérité ou toutes les réformes des retraites ; jusqu’à quand va-t-on nous le servir ? La culture et l’éducation nationale, tout comme les autres secteurs indispensables – la santé ou le social par exemple – sont systématiquement désignés pour être les premiers à serrer leur ceinture. Et pourtant, de l’argent il y en a : les dividendes versés aux actionnaires n’ont jamais été aussi élevés, l’impôt sur les grandes fortunes a été supprimé, les salaires des cadres ont augmenté bien plus que ceux des ouvrier·ère·es et employé·e·s.

Refusons cette logique néo-libérale, qui donne toujours plus à ceux qui possèdent, au détriment des autres. Luttons pour que l’école publique dispose des moyens pour accomplir ses missions fondamentales : former et émanciper pour demain !

Lutte de Classes éducation Hauts de France revendique :
une augmentation des budgets à la hauteur des besoins de service public dans l’Éducation nationale et le Supérieur

la levée du gel du Pass Culture, et le rétablissement de Collège au cinéma dans le Nord

une augmentation salariale à la mesure du travail fourni par les personnels,
en particulier pour les salaires les plus bas

la titularisation sans condition des personnels précaires