Ils prennent aux pauvres pour donner aux riches, bloquons tout

Mardi 15 juillet, le premier ministre a annoncé que plus de 40 milliards d’économies seront imposées à l’assurance sociale et la Fonction publique pour 2026, et que cette austérité continuerait les années suivantes1. Sans surprise il n’a pas évoqué les 211 milliards d’aides publiques2 en tout genre déversés chaque année par l’État aux entreprises.

Imposons le partage des richesses

Contrairement à la communication du gouvernement d’alors, la mise en place du CICE3 en 2013 n’a pas eue les effets annoncés sur l’emploi ou les salaires4, pendant que les dividendes versés aux actionnaires augmentaient. Des machines achetées grâce au CICE ont même été installées directement dans des usines délocalisées selon un rapport du Sénat. Mais le gouvernement ne l’a jamais remis en cause, le CICE a été transformé en baisse de cotisations patronales en 2019, au détriment des ressources de l’assurance-chômage, de l’assurance-maladie et des caisses de retraite.


Depuis, les subventions d’État, les aides versées par Bpifrance, les dépenses fiscales ou les allègements de cotisations sociales atteignent 211 milliards – on n’y compte pas les aides versées aux entreprises par les communes, les régions (environ 2 milliards d’euros) ou l’Union européenne (jusqu’à 10 milliards d’euros). Le tout sans contrepartie, ni sur la diminution des accidents du travail, très élevés en France, ni sur les salaires, ni sur les délocalisations.

Bay-roue à godets, une noria pour remonter l’argent là où il y en a

On déverse de l’argent public, beaucoup, par tous les moyens, n’importe comment. « Aucune administration de l’État n’est capable de dire précisément combien d’argent public a été versé aux entreprises », selon le rapport du Sénat cité plus haut. La commission sénatoriale a constaté que ces aides avaient même pu financer… des plans sociaux ou des versements de dividendes aux actionnaires5 !


L’an dernier, le premier ministre avait déjà fait adopter par 49-3 un budget amputant de 50 milliards les comptes publics, dont 32 milliards de baisse des dépenses. Pour l’année prochaine, il annonce 43,8 milliards supplémentaires. Pour 2027, 2028 et 2029 il prévoit près de 100 milliards d’économies supplémentaires aux déjà presque 100 milliards des années 2025 et 2026.


Une cure d’austérité de quasi 200 milliards en cinq ans, pour surtout financer sans transparence les investissements, délocalisations, plans sociaux et versements de dividendes des entreprises les plus riches du pays. De l’anti-ruissellement, une véritable cascade à l’envers ! Le macronisme, c’est ça depuis le début : mettre en place une noria d’argent public, qui aurait pu servir à la population, pour arroser les plus riches. Avec la complicité active de la droite et de l’extrême-droite, qui partagent la même religion capitaliste.

Qui va encore payer ? Ben c’est pas Nicolas6, c’est nous…

La France est un eldorado fiscal pour milliardaires. C’est une étude de l’Institut des politiques publiques publiée le 6 juin 2023 qui en atteste7. Ainsi, en 2016 les 378 foyers les plus riches n’ont payé effectivement que 2 % d’impôt sur le revenu, et les 75 foyers les plus riches seulement… 0,3 % d’impôts sur ce qu’ils gagnent réellement.


Ce sont toutes les niches fiscales mises en place depuis 2018 qui permettent cette quasi-exonération d’impôts pour les plus riches. C’est finalement l’impôt sur les sociétés qui permet de les faire contribuer aux finances collectives à la hauteur maximale de… 26 %, au lieu des 60 % officiels, alors que la quasi-totalité des catégories de la population – classes populaires, modestes, moyennes et supérieures – consacre environ 50 % de ses revenus à l’impôt, si on prend en compte l’impôt sur le revenu, la TVA, la taxe foncière, etc.

Tout récemment, il a bien été question de réduire quelques niches fiscales et sociales, mais sans en nommer aucune, ni fixer le montant d’économies attendu. Au contraire, le premier ministre veut un plan « En avant la production » pour massifier encore le soutien aux entreprises, et il a annoncé la suppression de deux jours fériés, que réclame le Medef depuis septembre 2024.


Bayrou nous prend pour des bêtas et rame, selon lui, « avec justesse et justice » pour orienter le flux d’argent public selon les vœux de l’oligarchie : ce qu’il appelle les « mesures de redressement des comptes publics » – la purge austéritaire qu’il proposera au parlement à l’automne.

Une « année blanche » affectera l’ensemble des pensions de retraite, des prestations sociales et des traitements des fonctionnaires. Avec une inflation estimée à environ 1 %, cela implique une perte de niveau de vie d’autant l’an prochain. Les prestations sociales n’étant évidemment pas destinées aux foyers les plus riches, la mesure sera proportionnellement plus dure pour les revenus les plus modestes ou les bénéficiaires du RSA.

Une énième réforme de l’assurance-chômage ponctionnerait 4 milliards sur les droits des allocataires. Des économies de l’ordre de 5 milliards d’euros sur le budget de la Sécurité sociale sont prévues. Dans le viseur, entre autres : la réduction des aides pour les personnes souffrant d’affection de longue durée, le doublement à 100 euros de la franchise médicale ou encore la chasse aux arrêts de travail.


Qui va encore payer ? Ben la fonction publique, la santé…

La fonction publique perdrait 3 000 postes de fonctionnaires dès l’an prochain. Et ce n’est probablement qu’un début avec l’objectif de ne pas remplacer un·e fonctionnaire sur trois partant à la retraite. De même, les budgets de chaque ministère, surtout ceux en lien avec les affaires sociales, les services publics et l’écologie seront diminués.

En 2025, le ministère de l’écologie a déjà perdu 2,1 milliards, alors même que le dérèglement climatique occasionne de plus en plus de catastrophes. Les budgets des ministères de l’enseignement supérieur et de la recherche, du sport, de la culture, du travail etc. sont menacés d’un brutal coup de rabot. Les collectivités territoriales, d’un volume d’économies de plus de 5 milliards d’économies – après les coupes de l’an dernier aux désastreuses conséquences sociales dans les territoires. La culture en subit déjà les conséquences : baisse de l’offre culturelle et suppression du Pass Culture.

Pour la santé, déjà bien attaquée par les gouvernements successifs, ce serait une nouvelle ponction budgétaire d’environ 5,5 milliards. Parmi les mesures annoncées le 25 août 2025 :

  • la passage de 50 à 100 € par assuré·e du plafond de franchises médicales, avec paiement direct des patient·e·s « au comptoir, pour les responsabiliser. », la franchise par boîte de médicaments passant de 1 à 2 € (plafond mensuel : 8 €) ;
  • prise en charge à 100 % des ALD8 limitée aux seuls soins et médicaments ;
  • allongement du délai de carence, possibilité de reprendre le travail sans avis médical ;
  • gel des dépenses sociales (salaires publics, prestations sociales, retraites…)
  • suppression de nombreux emplois dans les hôpitaux.

Dans un communiqué du 25 août 2025, la Fédération hospitalière de France (FHF) dénonce une « logique de rabot ». Elle considère que le plan annoncé « mettrait en péril la capacité des hôpitaux publics à répondre aux besoins de la population ». Les hôpitaux publics, déjà marqués par des pénuries de lits et de personnels, redoutent un effet dévastateur de ces annonces sur les urgences.


…et l’éducation !

Dans l’Éducation nationale, une « année blanche » a été annoncée, c’est-à-dire une année à budget égal, sans tenir compte ni de l’inflation, ni des progressions des salaires à l’ancienneté, et alors que la réforme de la formation initiale est annoncée comme un surcoût par le ministère.

Or le ministère et les rectorats savent faire pour être les bons élèves de l’austérité : en 2024, à forces de restrictions de postes, l’Éducation nationale a rendu un milliard d’euros au ministère de l’économie et des finances… Depuis 2017, le ministère sous-consomme chaque année son budget ! C’est extrêmement visible en réalité, au travers des effectifs des classes et du budget de formation continue… M@gistère, nous voilà ! Ce n’est pas un hasard, ces formations « hybrides » ! Et en 2024, le ministère a également pompé les fonds sociaux… il coule des pauvres aux riches, le tuyau de la « pompe à phynances »9 !

Pour la suppression de postes, le gouvernement répète, et répète, et répète, qu’il y a baisse des effectifs. Mais il l’estime à 116 800 en 2026 pour le premier degré, et à environ 40 000 pour le second. Cela correspondrait à des « besoins »10 en postes diminués de 4 100 et environ un millier respectivement. En toute logique, le gouvernement table donc sur une économie de… 9 000 postes8 !

Pendant ce temps, on feint de s’étonner de la « crise des vocations ». Ou de l’explosion des départs volontaires (démissions, ruptures conventionnelles et détachements) depuis 202011. Selon un rapport de la Direction de l’évaluation de la prospective et de la performance12, ce nombre a été multiplié par six entre 2008 et 2021. Le taux de refus des ruptures aurait atteint les 90 % pour l’année 2023-202413.

L’Éducation nationale maltraite les personnels et ne veut pas les laisser partir. La santé des personnels se dégrade, mais il n’y a que 77 médecins de prévention pour plus de 850 000 enseignant·e·s. Une enquête de 202114 estime que 46 % des enseignant·e·s ont déjà fait un burn-out, contre 36 % pour l’ensemble des travailleurs français.


On parle sans arrêt d’inclusion, mais le salaire des AESH ne suit pas, on ne leur reconnaît pas un statut de fonctionnaire alors que leurs missions sont cruciales, et faute de postes suffisants, ils et surtout elles doivent se couper en quatre pour que chaque élève notifié·e bénéficie d’une partie au moins des heures qui lui sont dues. On parle sans arrêt de communauté éducative, mais les personnels sont régulièrement opposé·e·s les un·e·s aux autres par la hiérarchie, et les assistant·e·s d’éducation, en nombre insuffisant, sommé·e·s de pallier bien des manques dans les établissements scolaires, sans plus de considération. On parle de communauté éducative, mais les collectivités territoriales sous-traitent de plus en plus l’entretien, et les agent·e·s de restauration et d’entretien subissent de nombreux troubles musculo-squelettiques du fait de l’intensité de travail, et ne sont pas remplacé·e·s en cas d’arrêt maladie par les collectivités !

ON ARRÊTE TOUT POUR TOUT CHANGER

LE 10 SEPTEMBRE, ON ARRÊTE DE SE LAISSER FAIRE !

ÇA SUFFIT, DÉFENSE COLLECTIVE,

LE 10, ON BLOQUE TOUT !


En 2024, 97 milliards d’euros ont été versés aux actionnaires du CAC 40 tandis que ces grandes entreprises réalisent des profits records (131 milliards d’euros en 2024).

De l’argent, il y en a !

Nos revendications

  • Suppression des aides publiques aux entreprises sans condition sociale ou écologique
  • Justice fiscale : taxation des super-profits, des dividendes, des grandes fortunes
  • Protection sociale : à hauteur des besoins sociaux, fin des exonérations de cotisations sociales patronales (80 milliards), fin des jours de carence et retour de l’indemnisation à 100 % des CMO (Congé Maladie Ordinaire)
  • Services publics pour toutes et tous : investissement dans les postes à hauteur des besoins réels, les salaires, et le bâti, notamment pour la transition écologique
  • Maintien des jours fériés
  • Conditions de travail respectueuses et dignes : des effectifs de classe réduits de la maternelle à la terminale, des personnels de toute catégorie en nombre suffisant, y compris pour prévoir les remplacements, un statut de fonctionnaire pour les AESH, des revalorisations salariales en commençant par les bas salaires, la fin des pressions hiérarchiques en tout genre.

Convergences des luttes et rendez-vous

Appel de Lutte de Classes éducation Hauts-de-France :

  • en grève le 10 septembre ! Décidons et organisons collectivement des actions à mener et participons aux manifestations
  • construisons collectivement la suite de la mobilisation, par des heures d’information syndicale et des AG sur les lieux de travail, et localement en interprofessionnelle et dans l’unité, la suite de la mobilisation
  • en grève reconductible partout où c’est possible, en mettant en place des actions, manifestations et caisses de grève, jusqu’à la journée intersyndicale de grève du 18 septembre

 Toutes et tous, soyons des bâtons dans leurs roues !


Rail, transport aérien, hôpitaux, mines et énergie, éducation, commerces et services, chimie, lycéen·n·e·s, étudiant·e·s, entre autres, de très nombreux secteurs ont prévu de se joindre à la lutte, les syndicats professionnels et des collectifs y appellent à la lutte et à l’action.

Nous publions ici les informations dont nous disposons, la liste n’est pas exhaustive. Pour des informations unitaires complémentaires, le 10 septembre 2025 est en ligne sur indignonsnous.fr, notamment une carte avec d’autres points de rendez-vous que ceux indiqués ci-dessous.

Tous les vendredis à 18h30 à Lille, assemblée populaire parc Jean-Baptiste Lebas.

10 septembre dès le matin

AMIENS ● 5H00 PARKING CARREFOUR AMIENS NORD

ABBEVILLE ● DES RENDEZ-VOUS…

BOULOGNE/MER ● DES RENDEZ-VOUS…

DOUAI ● DES RENDEZ-VOUS…

LILLE ● DES RENDEZ-VOUS…

Manifestations et rassemblements

MERCREDI 10 SEPTEMBRE

ARRAS ● 9H30 PLACE DE LA GARE | MANIFESTATION

BEAUVAIS ● 14H00 PLACE JEANNE HACHETTE | MANIFESTATION

BÉTHUNE ● 18H30 PLACE DE LA GARE | MANIFESTATION

CALAIS ● 10H15 PLACE DE LA MAIRIE | MANIFESTATION

COMPIÈGNE ● 10H00 COURS GUYNEMER | MANIFESTATION

DUNKERQUE ● 14H30 PLACE DE LA GARE | MANIFESTATION

LAON ● 10H00 PLACE DE LA GARE | MANIFESTATION

LILLE

● 13H00 ENTRÉE HÔTEL DE VILLE, CÔTÉ PORTE DE PARIS | ASSEMBLÉE POPULAIRE

● 14H30 PORTE DE PARIS | MANIFESTATION

● 18H00 WAZEMMES | ASSEMBLÉE GÉNÉRALE (lieu à préciser)

VALENCIENNES ● 10H00 PLACE D’ARMES | MANIFESTATION

JEUDI 18 SEPTEMBRE

LILLE ● 14H30 PORTE DE PARIS | MANIFESTATION

MONTATAIRE ● 10 HEURES: RASSEMBLEMENT DEVANT LA MAIRIE


CREIL UNE AUTRE MANIFESTATION EST PRÉVUE DANS LA JOURNÉE PLACE DU 8 MAI


BEAUVAIS ● 14 HEURES
: CORTÈGE AU DÉPART DE LA PLACE DES MARÉCHAUX


COMPIÈGNE 10 HEURES
DÉPART DU ROND-POINT DE LA ZAC DE MERCIÈRES.


  1. https://rapportsdeforce.fr/classes-en-lutte/bayrou-promet-lausterite-sans-fin-et-degaine-le-matraquage-social-071525280 ↩︎
  2. https://www.publicsenat.fr/actualites/economie/un-cout-annuel-de-211-milliards-deuros-la-commission-denquete-du-senat-sur-les-aides-publiques-aux-entreprises-reclame-un-choc-de-transparence ↩︎
  3. CICE : « Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi ». ↩︎
  4. https://ses.ens-lyon.fr/actualites/rapports-etudes-et-4-pages/cice-des-effets-faibles-sur-lactivite-economique-moderes-sur-lemploi-ofce-octobre-2018 ↩︎
  5. Par exemple, Michelin a perçu 72,8 millions d’euros d’exonérations et crédit d’impôt en 2023-2024, annoncé un plan social de 1 254 salarié·e·s et versé 1,4 milliard d’euros de dividendes aux actionnaires en 2024. ↩︎
  6. Personnage fictif inventé par des réseaux d’extrême-droite pour contester l’impôt et l’assurance sociale. ↩︎
  7. https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/060623/la-france-eldorado-fiscal-pour-les-milliardaires ↩︎
  8. Affections de longue durée. ↩︎
  9. Ubu roi, Alfred Jarry, 1895. ↩︎
  10. Toutes choses égales par ailleurs, hein, on ne va pas se laisser avoir par le mot de « besoins » brandi régulièrement par les chef·fe·s, on aurait besoin de moins d’élèves par classe et de plus d’heures dans certaines disciplines ou pour la concertation par exemple. ↩︎
  11. Année de la mise en place de la loi Dussopt sur la transformation du service public. ↩︎
  12. Bilan social du ministère de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, 2020-2021. ↩︎
  13. Pour retenir ses profs, l’Éducation nationale refuse les ruptures conventionnelles à la chaîne, Médiapart, août 2025 ↩︎
  14. Prof, un métier comme un autre ? Fondation Jean-Jaurès, février 2021 ↩︎