Suicide d’une collègue victime d’homophobie

Notre collègue Caroline Grandjean-Paccoud, directrice d’école dans le Cantal, s’est suicidée le 1er septembre jour de la rentrée. Nous partageons la douleur de son épouse, sa famille, et ses amis.

Caroline, en raison de son orientation sexuelle assumée, a été la victime pendant des mois d’injures homophobes ignominieuses et de menaces, jusqu’aux menaces de mort. Une fois de plus l’homophobie a tué, et c’est insupportable.

Caroline avait alerté de ce harcèlement en déposant cinq plaintes, classées sans suite. Informés, le rectorat et le médecin scolaire ne lui avaient proposé qu’un déplacement dans une autre école, située bien plus loin que celle où elle exerçait. En somme, il suffit de déplacer la victime, lui infligeant ainsi une double peine, puis de mettre son mouchoir dessus. Ce que l’Éducation nationale sait très bien faire.

Depuis le suicide d’une autre collègue, Christine Renon, le ministère a enfin avancé le chiffre de 58 suicides de collègues – enseignants, personnels administratifs ou de direction, AED, AESH, CPE, documentalistes – pour l’année 2018-2019, plus d’un par semaine, auxquels il faut ajouter 11 suicides sur les deux premiers mois de 2019-2020. Récemment en Normandie ce sont 9 suicides et 3 tentatives qui ont été recensés. Et pour combien qui n’ont pas été révélés ces dernières années?

Face aux drames, les rectorats et le ministère, malgré leur affichage de lutte contre les harcèlements, l’homophobie et la transphobie, ont tendance à considérer les suicides comme des tragédies individuelles et n’opposent qu’un grand silence et beaucoup d’inertie (absence d’investigations, protection inefficace). Le mot d’ordre est : pas de vague ! La ministre vient d’annoncer l’ouverture d’une enquête administrative ; c’est malheureusement trop tard.